Lettre ouverte des médecins et des professionnels de la santé à Alain Berset, conseiller fédéral en charge de la  santé et Guy Parmelin, président de la Confédération, en charge de l’agriculture. 

Monsieur le Président de la Confédération,
Messieurs les conseillers fédéraux 

En juin 2021, le peuple devra se prononcer sur l’initiative « Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse ». 

En tant que médecins qui nous sommes engagés par le serment d’Hippocrate à protéger la santé, il est de notre devoir  d’informer la population à l’égard des connaissances accumulées au fil des ans sur le lien entre la présence de  pesticides dans l’environnement et la santé. Nous nous adressons à vous considérant que, selon l’OMS, il est du devoir  des autorités de santé publique de «permettre à chaque individu de jouir de son droit inné à la santé et la longévité» .

Dans le rapport « Sol Suisse », publié par l’Office Fédéral de l’Environnement (OFEV) en 2017 (1), vos experts  soulignent que l’utilisation de nos sols n’est pas durable et qu’ils sont pollués, entre autres par des pesticides de  synthèse, ce qui amène une destruction irréversible de la biodiversité. Dans le rapport « État et évolution des eaux  souterraines en Suisse » publié également par l’OFEV en 2016 (2), vos experts relèvent la présence de pesticides de  synthèse et leurs métabolites dans nos eaux souterraines, surtout dans des zones d’agriculture intensive. Durant l’été  passé, des métabolites du Chlorothalonil (à effet cancérogène probable) ont été trouvés dans la moitié des captages  d’eau potable du plateau suisse à des concentrations au-dessus de la limite fixée par l’Union européenne. Aujourd’hui, plus d’un million de Suisses boivent quotidiennement cette eau contaminée. 

Il est scientifiquement prouvé que des résidus de pesticides de synthèse sont omniprésents dans nos aliments et notre  environnement. On les trouve dans les cheveux, l’urine et le sang des Suisses. 

Or des doses très faibles de ces substances, absorbées de manière chronique ou à des moments sensibles du  développement de l’enfant, sont suffisantes pour provoquer des problèmes de santé graves et irréversibles. (3,4,5) 

L’inquiétude grandissante des médecins, des chercheurs et du public tient au vaste champ d’action des pesticides de  synthèse et à leur diffusion dans toutes les cellules de l’embryon. Cela explique la diversité des conséquences et  l’impact sur l’ensemble des organes: malformations génitales des garçons, puberté précoce chez les filles (6,7) et  autres troubles neuro-développementaux, comme l’autisme, et des troubles de l’attention (8,9), baisse de la fertilité,  maladies neurodégénératives, digestives, hépatiques, et enfin, leucémies, lymphomes et cancers  hormonodépendants.(10) 

Des milliers d’études expérimentales et épidémiologiques indépendantes montrent un lien entre les pesticides de  synthèse et ces troubles de la santé. Certains cancers (11) et la maladie de Parkinson ont été reconnus comme maladies  professionnelles chez les agriculteurs en France depuis 2012. Le bilan des données de recherche et des données  cliniques mène inévitablement à une prise de conscience de l’urgence et de la gravité de la situation. 

Nous considérons donc que nous devons nous affranchir de l’usage de ces substances cancérigènes, neurotoxiques,  mutagènes, allergènes, et qui favorisent l’infertilité. L’accès à une alimentation saine et une eau propre, exempte de  ces poisons, est un droit fondamental. 

Nous devons éviter à tout prix la dégradation des écosystèmes et de la biodiversité dont nous dépendons directement.  L’agroécologie peut être mise en œuvre en assurant productivité et durabilité dans l’approvisionnement de la  population. Outre le fait que l’utilisation des pesticides de synthèse est incompatible avec le maintien de la fertilité des  sols, il n’est pas essentiel de s’empoisonner pour produire suffisamment de nourriture. 

D’autre part, l’application de ces méthodes pourrait générer des économies considérables, par exemple par le biais de  la diminution des coûts de la santé et de ceux liés au traitement des eaux. 

Malgré les connaissances de longue date des effets néfastes des pesticides sur la santé et la biodiversité, le principe de  précaution n’a pas été appliqué par nos responsables politiques. L’initiative proposée par le parlement « Réduire le  risque de l’utilisation de pesticides » ne réduira pas suffisamment les quantités. De plus, le Conseil des Etats a  suspendu les délibérations sur la politique agricole PA22+, dont l’application est repoussée à une date indéterminée. 

Devant cet immobilisme, nous demandons que les offices fédéraux de la santé publique et de l’agriculture prennent  leurs responsabilités et assurent la protection de la population.

Sources

Pour la liste complète des signataires, veuillez consulter la version PDF ci-jointe.